A PROPOS DU LIVRE…
Dans ce livre de photographie , je raconte une histoire… Je fais le récit d’une relation… Ou plus exactement d’un type de relation: la relation de soin. La relation de soin c’est le passé , le présent et l’avenir du monde de la santé
La relation de soin ça se présente comme ça . Un geste simple, bienveillant , qui apporte un soulagement visiblement attendu chez un patient qui a ses 2 poignets immobilisés…
Mais la relation de soin est aussi un rapport de force qui peut conduire le thérapeute à proposer et à réaliser des gestes potentiellement douloureux ou dangereux pour son patient
C’est là, tout le domaine du consentement éclairé, qui implique un contrat de confiance entre le patient et le thérapeute.
Mais dans cette relation , le patient n’est pas le seul à souffrir…
Le soignant lui aussi souffre, car comme pour nous tous, la vue d’un corps malade inflige à l’autre un choc émotionnel, qui peut être ressenti comme une forme de violence .
Une blessure narcissique, qui atteint de manière intolérable l’image que nous avons de l’intégrité humaine . Et c’est ici que ce trouve la question de l’empathie…
Jusqu’ou peut-on ou doit-on s’émouvoir de la situation du patient?
Etre malade , c’est beaucoup plus qu’avoir une maladie, qui n’implique qu’un diagnostic et un traitement et l’histoire est bouclée en quelques jours , ou quelques semaines…
Être malade c’est une sentiment de vie contrariée, c’est une perte du contrôle de soi, une dépendance à l’égard des autres, la fin d’une certaine liberté
Être malade, c’est une perte des références habituelles, une altération de la conscience du temps
Et on voit très bien toutes ces questions dans son regard….
Et donc, plus que d’un diagnostic , ce dont le malade va avoir besoin dans sa quête de santé, c’est de soin, d’accompagnement, de confiance , qui vont lui permettre de reconstruire une nouvelle autonomie de son organisme.
Parce qu’il faut rompre la solitude , aider à retrouver une identité, soutenir la construction de sens dans l’épreuve, pour laisser advenir une autonomie nouvelle ,une autonomie différente mais véritable
Et cette aide , le patient va pouvoir la trouver dans l’engagement du corps des thérapeutes… comme pour ce premier lever sur une jambe.
Mais que serait cette relation de soin sans des mains qui touchent, soignent, rassurent et guident….
Pour terminer devant cette dernière image qui est ma préférée, je suis tombé sur la citation parfaite tirée d’un livre d’Henry James dont le titre est: L’art de la Fiction.
« Le pouvoir d’induire le visible de l’invisible, de dépister le sens caché des choses, de juger d’un objet entier par ses grandes lignes, l’aptitude à ressentir tous les traits de la vie si profondément qu’on est pas loin d’en connaître jusqu’aux moindres recoins, ce faisceau de dons, on pourrait presque dire qu’il constitue l’expérience. »